prix wepler
fondation la poste 2011

Pour cette 14e édition du Prix Wepler-Fondation La Poste, nous récidivons dans notre action en pérennisant ce qui nous a différencié de bien d’autres prix : le renouvellement intégral du jury, sa mixité de lecteurs et de professionnels, son indépendance, son engagement et son exigence visionnaire qui explore sans limite aucune les territoires de la création romanesque, en prenant – au prix parfois d’une certaine marginalisation – le risque d’une langue neuve.

Grâce à la Fondation La Poste, ce Prix est doté d’une somme de 10 000 euros ainsi que d’une somme de 3 000 euros pour la mention spéciale accordée à un livre se distinguant par son caractère inclassable.

La sélection

Jean Christophe Bailly, Le dépaysement : voyages en France, Seuil
Lilyane Beauquel, Avant le silence des forêts, Gallimard
Nicolas Bouyssi, S’autodétruire et les enfants, POL
Sylvain Coher, Carénage, Actes Sud
Kamel Daoud, Le Minotaure 504, Sabine Wespieser éditeur
Patrick Deville, Kampuchéa, Seuil
François Dominique, Solène, Verdier
Alain Jaubert, Tableaux noirs, Gallimard
Philippe Lançon, Les îles, éditions JC Lattès
Eric Laurrent, Les découvertes, éditions de Minuit
Lorette Nobécourt, Grâce leur soit rendue, Grasset
Sophie Schulze, Allée 7, rangée 38, éditions Léo Scheer

le lauréat

Eric Laurrent, les Découvertes, éditions de Minuit

La mention spéciale

François Dominique, Solène, Verdier

Discours d’Eric Laurrent

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs,
Je ne vous dissimulerai pas ma surprise, non d’être ici parmi vous ce soir, attendu que je suis un vieil habitué de la remise du prix Wepler-Fondation La Poste, cérémonie à laquelle je me flatte de m’être rendu chaque année depuis sa création il y a maintenant quatorze ans et où je me fusse, quoi qu’il en fût, trouvé de nouveau cette année, quand bien même mon nom ne serait point apparu parmi les heureux sélectionnés de sa promotion 2011, non seulement assuré d’y revoir quelques amis et connaissances, mais désireux par ma modeste présence de soutenir, fût-ce discrètement, une flûte de champagne à la main, une coquille d’huître dans l’autre, une conception exigeante de la littérature, somme toute peu éloignée de la mienne (ce qu’atteste, si besoin en était, la liste des anciens lauréats, laquelle compte nombre d’auteurs dont j’estime grandement le travail, à commencer par mes illustres camarades de publication Eric Chevillard et Laurent Mauvignier),mais de me trouver là, devant vous, seul ou presque sur cette estrade, à la croisée de tous les regards, en qualité de récipiendaire, n’ayant jamais, en vérité, visé ni même rêvé à quelque prix littéraire que ce soit, par indifférence aux honneurs et dédain pour toute distinction tout d’abord, par lucidité ensuite, conscient que je suis (et ce discours en offrira une nouvelle fois l’illustration) du caractère bien souvent rébarbatif de mon écriture précieuse et contournée, qui réclame sans doute au lecteur plus d’efforts qu’il n’est accoutumé à en fournir en règle générale et en a exaspéré, en exaspère et en exaspérera sans aucun doute encore plus d’un, et que, me disais-je tout au long de sa rédaction, rendrait davantage exaspérante, car plus saillante, le sujet très personnel, intime même, de l’ouvrage qui me vaut d’être devant vous ce soir, soit l’éducation plus sexuelle que sentimentale d’un jeune garçon qui emprunte beaucoup à mes traits, dont, sinon pour moi, qui ai pris grand plaisir à l’écrire, l’intérêt pour autrui m’échappait et continue de m’échapper encore, de sorte qu’il serait en définitive plus exact de parler de stupéfaction que de surprise pour qualifier l’état second qui est le mien tandis que je m’adresse à vous et du fond ouateux, embrumé, torpide mais pas désagréable duquel je voudrais nonobstant vous remercier de m’avoir écouté et, plus chaleureusement,exprimer à mesdames, mesdemoiselles et messieurs les jurés ma vive reconnaissance – et, plus que cela même, mon éternelle gratitude.
Eric Laurrent

 

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